Déclaration de Guerre de la SNEP au P2P
Je viens de découvrir cet interview de Hervé Rony, directeur général du SNEP, sur lepoint.fr via Ratiatum. Je ne vous cache pas que je suis estomaqué par ces idées totalement rétrogrades et extrêmement mal pensées.
En résumé, c'est la première fois que je vois un représentant des ayant droits franchir toutes les limites en proposant que les FAI soient contraints de bloquer les protocoles Peer-to-Peer. Oui vous avez bien lu. Ça vous la coupe, non ? Moi oui.
Evidemment je me sens concerné puisque mon service d'e-mail P2P Podmailing s'appuie notamment sur le protocole BitTorrent. Grâce à lui nous pouvons transférer des fichiers de n'importe quelle taille par e-mail, tout en gagnant en fiabilité et en économisant de la bande passante.
Je saisis donc cette triste occasion pour exposer mes idées sur l'amalgame P2P vs. Piratage. Après avoir réfléchi longuement et travaillé concrètement sur le sujet, voilà mon raisonnement que je me permets de détailler pour un maximum de clarté :
- Internet et la révolution des médias numériques
- Internet est un réseau qui permet d'échanger des fichiers.
- Depuis la révolution des médias numériques, toutes les œuvres textuelles, audio, vidéo, et bien entendu multimedia et jeux-vidéo existent potentiellement sous forme de fichiers numériques.
- Donc toutes ces œuvres peuvent potentiellement être échangées sur Internet
- Progrès technologique
- Les technologies progressent au niveau des réseaux, du hardware et du software.
- De nouvelles solutions émergent qui permettent des échanges de fichiers plus efficaces.
- Grâce au progrès technologique, Internet est donc de plus en plus efficace dans l'échange d'œuvres numériques.
- Les pirates sont pragmatiques
- Les pirates, que ce soit dans le monde du numérique ou dans le monde réel, comme beaucoup de gens, cherchent la solution la plus efficace à leur problème.
- Les pirates qui ne s'y connaissent pas en technique suivent les conseils des pirates qui s'y connaissent.
- Il en résulte que les pirates exploitent au maximum les progrès technologiques : les pirates vont systématiquement utiliser les solutions les plus efficaces pour l'échange des œuvres numériques.
Ces quelques points peuvent sembler évidents mais on peut en déduire des corollaires très intéressants :
- Le fait qu'un service en ligne soit exploité par les pirates ne permet pas d'établir que ce service soit fait pour le piratage. Cela prouve juste qu'il est efficace (et que ceux qui recherchent le succès devraient s'en inspirer). Interdire une technologie sous prétexte qu'elle est exploitée par les pirates, c'est faire le choix délibéré d'interdire une des solutions technologiques les plus efficaces !
- Innover en matière de technologies (réseau, hardware et
software) facilitant les échanges de fichiers, c'est aussi donner de
nouveaux moyens aux pirates, même si ce n'est pas fait exprès.
Avant de trancher et de considérer ce genre d'innovation comme répréhensible, il faut réaliser qu'on parle ici :- de l'avènement d'Internet par rapport au Minitel
- du port USB
- de l'iPod
- du développement de l'ADSL
- des réseaux Internet sans fil
- de la fibre optique
- des offres de Free, Orange, Neuf, Alice...
- du progrès des ordinateurs personnels
- du progrès des téléphones mobiles
- du progrès des disques dur (cf. le prix Nobel)
- du Web
- du P2P
- ... bref, il s'agit de la révolution numérique.
- Le fait que les pirates utilisent le P2P confirme que c'est une technologie très efficace pour transférer des fichiers à grande échelle. Mais il en existe d'autres : les serveurs usenet, les sites à la YouTube/DailyMotion, les one-click hosters (MegaUpload, RapidShare) etc.
Et on notera effectivement que ces autres modes d'échanges de fichiers efficaces sont eux aussi utilisés pour le piratage. - Lorsqu'on bloque une des solutions d'échanges de fichiers, les pirates se reportent immédiatement sur les autres. Le blocage ne permet pas d'endiguer le piratage - pragmatisme oblige. On peut d'ailleurs anticiper une poussée de progrès technologique dans les solutions d'échanges encore autorisées. C'est-à-dire qu'en bloquant le progrès du P2P, on boost le progrès du piratage client-serveur.
Et de toutes façons, il faudrait être fou pour décider de freiner le progrès des technologies du numérique alors qu'elles ont leur place au cœur de notre croissance !
Et pourquoi les freiner ? Pour défendre le business model agonisant de l'industrie du disque ? Aider les artistes à gagner leur vie lorsqu'ils le méritent oui, mais les business model du 20ème siècle qui ne résistent pas à la révolution de l'Internet n'ont qu'à disparaître. Même si des milliers d'emplois sont détruits dans l'opération - car même à court terme ce sera rentable : de leurs cendres naitront les nouvelles industries porteuses de croissance et d'emploi.
Ce n'est pas en défendant des emplois obsolètes au détriment des technologies d'avenir qu'on défend le marché de l'emploi.
Quelle est la part de responsabilité d'un service utilisant le P2P tel que Podmailing ? Si l'on s'en réfère à la loi DADVSI, il n'existe aucune responsabilité liée à l'usage du P2P en tant que tel :
- Il ne faut pas inciter les utilisateurs à partager illégalement des œuvres dont ils n'ont pas les droits. Il s'agit d'une contrainte de bonne foi "Marketing", qui n'a absolument rien de technique.
- Si d'aventure notre service était utilisé massivement pour du piratage (notez bien qu'on ne parle pas ici de P2P) alors le Président du Tribunal de Grande Instance pourrait nous ordonner de mettre en place des solutions techniques pour y faire barrage.
Notez que le point (1) permet d'établir la bonne foi. Et le point (2) part d'une bonne foi présumée. En ce sens ils se complètent assez bien. Il faut noter également que dans le texte DADVSI, le point (2) est tempéré par un point clé : la solution technique imposée pour faire barrage au piratage ne doit pas empêcher au service de remplir son utilité initiale (considérée comme légitime sous condition du point (1)).
J'espère avoir bien transmis mes idées. Si vous avez des commentaires, faites m'en part ici même. En tout cas si c'est la guerre je suis prêt, et a priori motivé et bien remonté pour en débattre à toute occasion.














