Après mon agacement contre le SNEP et Hervé Rony, j'en reviens au Peer-to-Peer mais cette fois-ci dans la bonne humeur, car la bonne nouvelle c'est que le P2P ça marche, ça porte ses fruits, ça fait vraiment avancer l'industrie des médias dans le bon sens.
J'ai plusieurs billets à écrire sur le sujet, mais commençons par un avantage direct du Peer-to-Peer : le P2P permet à tout créateur de diffuser son œuvre vidéo à un public illimité, sans aucun compromis sur la qualité d'encodage.
C'est une avancée majeure car sans P2P, les coûts de diffusion à une large audience sont prohibitifs, en effet :
- En dehors d'Internet, il s'agit des salles de ciné, des satellites et des réseaux câblés. Ces "réseaux" sont contrôlés par de grands groupes et pour en profiter il faut garantir a priori un minimum d'audience mais surtout avoir les moyens de payer pour une large diffusion. Sinon, aucune chance de toucher un large public.
Ce circuit est extrêmement fermé. Seule une carrière dans le milieu, du networking et des recherches de financements a priori peuvent donner une chance à votre contenu d'être un jour diffusé.
- Dans l'Internet sans P2P, il y a les hébergeurs Web classiques, mais ils ne vous assurent pas la qualité de service en cas de succès (limites de bande passante en pic) ; il y a les sites à la YouTube, qui brident la qualité et la durée de vos vidéos ; et il y a les CDN (content delivery networks), qui assurent la qualité mais vous font payer la facture de bande passante au volume avec un tarif bien salé. Donc si vous proposez de la qualité et que d'aventure cela vous attire du succès, vous vous retrouvez avec une facture de CDN proportionnelle à votre audience.
Comment payer la note ? Dans cet Internet sans P2P vous avez intérêt à trouver un modèle économique et des financiers pour vous couvrir : non seulement le coût de production, mais aussi et surtout, dès que vous avez du succès, la facture de distribution.
A contrario, avec le Peer-to-Peer, vous pouvez prendre n'importe quel contenu vidéo, même en longue durée, et même en qualité HD, et le diffuser sur Internet pour un coût de diffusion très faible et surtout un coût indépendant de l'étendue de votre audience. On appelle ça de l'hyper-distribution.
C'est une véritable rupture du modèle économique, tellement profonde que les conséquences à long terme peuvent être extrêmement lourdes.
- Du point de vue économique, on notera que le P2P rend le marché des contenus vidéo accessibles à tous les créateurs. Le marché de l'offre est ouvert à n'importe qui. Je souligne qu'il s'agit tout de même d'une des conditions pour avoir une économie de marché qui bénéficie de la libre concurrence.
Je ne sais pas si vous aviez remarqué mais avant le P2P cette libre concurrence n'existait pas ! D'où une qualité d'offre souvent douteuse !
- Du point de vue créatif, il faut réaliser que le P2P crée un aspirateur à talents. Capable de transformer une œuvre underground en succès planétaire en l'espace de quelques jours. Ce passage pouvant s'effectuer sans investissement supplémentaire de la part du créateur, et sans problèmes techniques liés à la "scalability" de la diffusion. Le P2P est donc une force de vocation pour tous les créateurs.
C'est une grande partie de la promesse d'Internet qui ne peut être tenue que grâce au Peer-to-Peer.
Tous ces bienfaits prendront du temps pour entrer dans notre paysage médiatique. Ils sont freinés par l'immobilisme des forces en place qui défendent leur vieux modèles économiques bec et ongle. Ils ont par ailleurs besoin d'un coup de boost de la part des fournisseurs d'accès Internet, qui peuvent jouer un rôle clé dans l'optimisation des communications P2P.
Terminons avec 2 preuves par l'exemple :
- mariposa HD, contenu 100% HD diffusé en P2P depuis le début
- l'annonce récente de Red Band Film Company LLC qui va produire une série diffusée initialement en P2P
Alors, vous êtes d'accord que le P2P c'est une très bonne chose ?